Pourquoi une dent définitive ne pousse-t-elle pas ? Causes et signes à surveiller chez l’enfant
Dernière mise à jour : il y a 4 heures
« La dent de lait est tombée, mais la dent définitive ne pousse pas. Est-ce normal ? »
C’est une question fréquente chez les parents.
Les dents permanentes n’apparaissent pas toutes au même âge et il existe des variations normales d’un enfant à l’autre. Cependant, lorsqu’une dent définitive tarde nettement à faire son éruption, il peut parfois exister un obstacle, un manque de place ou une anomalie de son trajet d’éruption.
Un examen clinique permet d’évaluer la situation. Lorsque cela est nécessaire, une radiographie peut également permettre de vérifier la présence de la dent, sa position et les éventuels obstacles à son éruption. Le suivi de la denture en développement permet ainsi de distinguer une simple variation du calendrier d’éruption d’une situation nécessitant une surveillance ou une prise en charge.
À quel moment une dent définitive doit-elle normalement apparaître ?
Les dents permanentes n’apparaissent pas toutes au même âge. Leur éruption suit généralement une séquence, mais le calendrier peut varier selon l’enfant et selon la dent concernée.
Lors du suivi de la denture, le chirurgien-dentiste ou l’orthodontiste observe notamment :
l’âge de l’enfant ;
l’ordre d’apparition des dents ;
la présence des dents permanentes ;
la comparaison entre le côté droit et le côté gauche ;
l’espace disponible sur l’arcade ;
l’évolution et la chute des dents de lait ;
la position des dents permanentes lorsqu’elles ne sont pas encore visibles.
Une dent qui n’est pas encore apparue n’est donc pas nécessairement synonyme de problème. En revanche, un retard important, une asymétrie entre les deux côtés ou une trajectoire d’éruption inhabituelle peuvent justifier un contrôle. Les recommandations de l’American Academy of Pediatric Dentistry soulignent l’importance du diagnostic précoce des anomalies de développement de la denture afin de déterminer le moment approprié pour surveiller ou intervenir.
Pourquoi une dent définitive peut-elle ne pas pousser ?
Plusieurs situations peuvent expliquer un retard ou une absence d’éruption.
La dent de lait est encore présente
Une dent de lait qui reste en place alors que sa dent permanente devrait apparaître peut parfois participer au retard d’éruption.
La persistance d’une dent temporaire peut avoir différentes causes. Elle doit être interprétée en fonction de la dent permanente correspondante et de sa position.
Une radiographie peut notamment permettre de vérifier si la dent permanente est bien présente et où elle se situe.
Il n’y a pas suffisamment de place
Une dent définitive peut avoir des difficultés à faire son éruption lorsque l’espace disponible sur l’arcade est insuffisant.
Elle peut alors rester bloquée, se décaler ou suivre une trajectoire d’éruption inhabituelle. Parfois, un traitement orthodontique notamment d'expansion de la mâchoire peut permettre de donner l'espace nécessaire pour que la dent puisse faire son éruption.
Le manque de place fait partie des facteurs pouvant intervenir dans certaines anomalies d’éruption et doit être évalué avec la position réelle de la dent permanente.
La dent ne suit pas le bon chemin
Une dent peut parfois suivre une trajectoire différente de celle attendue. On parle notamment d’éruption ectopique.
Certaines anomalies d’éruption peuvent se corriger spontanément, tandis que d’autres nécessitent une intervention. La possibilité de correction spontanée dépend notamment de la dent concernée et de la sévérité de l’anomalie.
Par exemple, une revue systématique consacrée à l’éruption ectopique de la première molaire permanente supérieure rapporte une possibilité de correction spontanée estimée entre 47 et 78 % jusqu’à l’âge de 7 ans, avec une probabilité qui varie selon les caractéristiques de l’anomalie.
Une autre dent bloque son éruption
Une dent surnuméraire est une dent supplémentaire par rapport au nombre habituel de dents.
Lorsqu'elle se situe sur le trajet d’éruption d’une dent permanente, elle peut empêcher celle-ci d’apparaître normalement. Cette situation est particulièrement connue au niveau des incisives permanentes supérieures.
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2023 a étudié l’éruption des incisives permanentes bloquées en présence d’une dent surnuméraire. Les résultats suggèrent que la suppression de l’obstacle associée, selon les situations, à la création d’espace ou à une traction orthodontique peut augmenter les chances d’éruption par rapport à la seule suppression de la dent surnuméraire.
La dent est incluse
Une dent est dite incluse lorsqu’elle reste bloquée et ne fait pas son éruption normalement.
Les canines supérieures sont particulièrement concernées par les problèmes d’inclusion, mais d’autres dents peuvent également être touchées.
La Société Française d’Orthopédie Dento-Faciale (SFODF) et la Société Française de Stomatologie, Chirurgie Maxillo-Faciale et Chirurgie Orale disposent de recommandations spécifiques concernant la prise en charge des canines incluses.
Plus rarement, l’éruption peut être perturbée par une anomalie de la dent ou du mécanisme d’éruption
Certaines situations plus particulières peuvent également perturber l’éruption, notamment l’ankylose ou le défaut primaire d’éruption.
Le défaut primaire d’éruption, ou PFE (Primary Failure of Eruption), correspond à un trouble du mécanisme d’éruption dans lequel une ou plusieurs dents permanentes n’émergent pas normalement sans obstacle mécanique identifiable. Il s’agit d’une situation rare, qui concerne plus souvent les dents postérieures et qui possède une composante génétique connue.
Il est important de différencier ce type de trouble d’une dent simplement bloquée par un obstacle mécanique, car la prise en charge peut être différente.
Quels signes doivent attirer l’attention des parents ?
Certains signes peuvent justifier un avis du chirurgien-dentiste ou de l’orthodontiste :
une dent de lait reste en place alors que la dent permanente correspondante tarde à apparaître ;
une dent définitive est visible d’un côté mais pas de l’autre ;
une dent semble apparaître dans une position inhabituelle ;
une dent permanente semble manquer sur l’arcade ;
les dents voisines commencent à se déplacer vers l’espace disponible ;
une asymétrie apparaît entre les deux côtés ;
une dent de lait présente une évolution inhabituelle par rapport à la dent permanente attendue.
Ces signes ne signifient pas nécessairement qu’il existe une anomalie importante. Ils constituent surtout des raisons de vérifier la situation plutôt que de laisser évoluer une éventuelle anomalie sans surveillance.
Que fait l’orthodontiste lorsqu’une dent ne pousse pas ?
La première étape est un examen clinique.
L’orthodontiste observe les dents présentes en bouche, l’espace disponible, la position des dents de lait et la séquence d’éruption.
Lorsque cela est indiqué, une radiographie permet de rechercher la dent permanente et d'évaluer :
si la dent est bien présente ;
sa position dans l’os ;
sa direction d’éruption ;
la présence éventuelle d’un obstacle ;
les relations avec les dents voisines ;
l’espace disponible pour permettre son arrivée sur l’arcade.
Dans certaines situations complexes, une imagerie en trois dimensions, comme le Cone Beam (CBCT), peut être indiquée pour préciser la localisation d’une dent et ses rapports avec les structures voisines. Le recours à cette imagerie doit être justifié par la situation clinique et ne constitue pas un examen systématique. La SFODF dispose de recommandations spécifiques concernant les indications du Cone Beam en orthodontie.
Faut-il toujours intervenir ?
Non.
Une dent qui tarde à apparaître ne signifie pas automatiquement qu’un traitement doit être commencé immédiatement.
Selon la situation, l’orthodontiste peut proposer :
une simple surveillance ;
une attente de l’évolution spontanée ;
la suppression d’un obstacle à l’éruption ;
la conservation ou la récupération de l’espace nécessaire ;
un traitement orthodontique pour aider la dent à rejoindre l’arcade ;
ou, dans certaines situations particulières, une prise en charge associant chirurgie et orthodontie.
Le choix dépend notamment de l’âge de l’enfant, de la dent concernée, de sa position, de son stade de développement, de l’espace disponible et de la présence éventuelle d’un obstacle.
Que se passe-t-il lorsqu’une dent est bloquée ?
La prise en charge dépend de la cause du blocage.
Lorsqu’une dent surnuméraire empêche l’éruption d’une incisive permanente, par exemple, son retrait peut parfois permettre à la dent de poursuivre spontanément son éruption.
Dans certaines situations, il peut être nécessaire de créer de l’espace ou d'utiliser une traction orthodontique pour accompagner la dent vers l’arcade. Les données disponibles suggèrent que ces interventions complémentaires peuvent améliorer les chances d’éruption dans certaines situations, mais les résultats ne peuvent pas être transposés à tous les enfants.
Lorsqu’une canine est incluse, une prise en charge orthodontico-chirurgicale peut également être proposée. Elle consiste notamment à dégager la dent lorsqu’une intervention chirurgicale est nécessaire, puis à l’accompagner orthodontiquement vers sa position sur l’arcade.
Est-ce qu’une dent peut finir par pousser toute seule ?
Oui, dans certaines situations.
Certaines anomalies d’éruption peuvent se corriger spontanément, notamment lorsque la dent présente une position encore favorable.
L’exemple de l’éruption ectopique des premières molaires permanentes supérieures est bien documenté : une revue systématique publiée en 2024 estime que la correction spontanée peut survenir dans 47 à 78 % des cas jusqu’à l’âge de 7 ans, selon les études et les caractéristiques de l’anomalie. Les cas les plus sévères ont moins de chances de se corriger spontanément.
Cela illustre pourquoi une anomalie d’éruption peut parfois être simplement surveillée. À l’inverse, dans certaines situations, attendre trop longtemps peut réduire les possibilités d’éruption spontanée ou compliquer la prise en charge.
Pourquoi est-il intéressant de consulter tôt ?
Une consultation précoce ne signifie pas forcément qu’un traitement orthodontique doit commencer immédiatement.
Elle permet surtout de comprendre la situation et de choisir le bon moment pour agir ou surveiller.
Selon le cas, il peut être possible de :
préserver l’espace nécessaire à la dent permanente ;
supprimer un obstacle ;
surveiller une trajectoire d’éruption ;
guider une dent vers une position plus favorable ;
éviter que les dents voisines ne se déplacent ;
ou simplement suivre l’évolution sans intervention immédiate.
L’AAPD souligne l’importance du diagnostic précoce des anomalies de la denture en développement afin de déterminer la priorité, la séquence et le moment approprié des interventions.
La dent définitive est-elle forcément absente si elle ne pousse pas ?
Non.
Une dent qui n’est pas visible en bouche peut parfaitement être présente sous la gencive ou dans l’os.
Dans d’autres situations, la dent peut effectivement être absente depuis sa formation : on parle alors d’agénésie dentaire.
L’examen clinique et, lorsque cela est indiqué, l’imagerie permettent notamment de distinguer une dent absente, une dent encore en cours d’éruption et une dent présente mais bloquée. Les recommandations de l’AAPD prennent notamment en compte les dents congénitalement absentes et les dents surnuméraires dans l’évaluation de la denture en développement.
Existe-t-il aussi des causes générales ou génétiques ?
Oui, mais elles sont beaucoup moins directement identifiables chez un enfant présentant simplement une dent qui tarde à apparaître.
L’éruption dentaire est un processus biologique complexe qui dépend de nombreux mécanismes locaux et généraux.
Une revue systématique publiée en 2026 a étudié la contribution de facteurs génétiques au retard d’éruption et à la persistance des dents temporaires. Six études ont été retenues et plusieurs variations génétiques ont été associées à ces troubles, notamment dans des mécanismes impliqués dans le remodelage osseux. Les auteurs soulignent toutefois que le nombre d’études reste limité et que des recherches supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir tirer des conclusions précises sur le rôle de ces facteurs.
Certaines maladies générales ou métaboliques peuvent également perturber l’éruption dentaire. Elles sont toutefois à envisager surtout lorsque le retard concerne plusieurs dents ou s’inscrit dans un contexte clinique particulier.
Que doivent retenir les parents ?
Lorsqu’une dent définitive tarde à apparaître, il n’est pas forcément nécessaire de s’inquiéter, mais il est important de comprendre pourquoi.
Une simple variation du calendrier d’éruption peut parfois expliquer la situation. Mais un manque de place, une trajectoire d’éruption anormale, une dent surnuméraire, une inclusion ou, plus rarement, un trouble du mécanisme d’éruption peuvent également être en cause.
Une consultation permet de déterminer si une simple surveillance suffit ou si une intervention est utile.
L’objectif d’une consultation précoce n’est donc pas nécessairement de commencer un traitement, mais de ne pas laisser passer le moment où une surveillance ou une intervention pourrait être utile.
Les questions des parents
La dent de lait est tombée mais la dent définitive ne pousse pas : dois-je m’inquiéter ?
Pas nécessairement. Le calendrier d’éruption varie d’un enfant à l’autre. En revanche, un retard inhabituel ou une asymétrie entre les deux côtés mérite d’être vérifié.
Combien de temps faut-il attendre après la chute d’une dent de lait ?
Il n’existe pas de délai unique applicable à toutes les dents et à tous les enfants. L’âge de l’enfant, la dent concernée, son stade de développement et sa position doivent être pris en compte.
Une dent définitive peut-elle être présente sans être visible ?
Oui. Elle peut être située sous la gencive ou dans l’os. Une radiographie peut alors permettre de déterminer sa présence et sa position.
Une dent bloquée doit-elle forcément être opérée ?
Non. Certaines situations peuvent être surveillées ou évoluer spontanément. Lorsqu’un traitement est nécessaire, il dépend de la cause et de la position de la dent.
Pourquoi faire une radiographie ?
Elle peut notamment permettre de vérifier la présence de la dent, sa position, sa direction d’éruption et la présence éventuelle d’un obstacle.
Quand faut-il consulter un orthodontiste ?
Une consultation peut être utile lorsqu’une dent permanente tarde à apparaître, lorsqu’une asymétrie d’éruption est observée ou lorsqu’une dent semble suivre une trajectoire inhabituelle.
Sources scientifiques et professionnelles
American Academy of Pediatric Dentistry (AAPD). Management of the Developing Dentition and Occlusion in Pediatric Dentistry. The Reference Manual of Pediatric Dentistry. Révision 2024, pp. 475–493.
SFODF / Société Française de Stomatologie, Chirurgie Maxillo-Faciale et Chirurgie Orale. Prise en charge d’une canine incluse – Recommandations de Bonne Pratique. Juillet 2015.
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